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Palmiers : maladies et ravageurs

vendredi 1er novembre 2013, par Christophe Berger Twitter : @plantesdusud


Les palmiers sont peu sujets aux maladies, mais certains parasites graves entraînent une mort inéluctable, faute de traitement efficace. La mort est souvent le fait d’une attaque du bourgeon terminal, qui assure seul la croissance de la plante. Dans d’autres cas, c’est l’altération du courant de sève dans le stipe qui est fatale au palmier.

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Un palmier bien mal en point suite à l’attaque d’un parasite. Il faut agir au plus vite.

- PAYSANDISIA ARCHON : ce redoutable papillon (lépidoptère) a été introduit en Europe par le biais d’importations en provenance d’Argentine de divers palmiers, Trithinax campestris, Butia yatay, Trachycarpus fortunei. En Argentine, Brésil et Uruguay, ce ravageur a été peu étudié car il ne constitue pas un problème agricole grave.

En Europe, 10 genres de palmiers sont connus comme plantes hôtes : Brahea, Butia, Chamaerops humilis, Livistona, Phoenix, Sabal, Syagrus, Trachycarpus, Trithrinax et Washingtonia.

Ce papillon a été repéré en Espagne, dans les régions de Valence et de Catalogne, et en France en PACA et Languedoc-Roussillon. Sa présence a été confirmée dans certaines pépinières italiennes, et plus récemment dans un jardin privé de la côte du Sussex au Royaume-Uni.

En 2001 dans le Var, 3 foyers ont été identifiés, à Six-Fours, Cavalaire et Hyères. Depuis il y a une forte probabilité que le papillon se soit étendu à d’autres zones, soit par dispersion à partir des foyers d’origine, soit plus grave par achat de palmiers contaminés. Les plus pessimistes dénombrent quelques milliers de palmiers atteints sur la côte méditerranéenne, mais un recensement exhaustif est impossible.

Cycle biologique : la larve pénètre dans le palmier par l’intermédiaire du rachis de la feuille, soit directement par le stipe. La chenille blanchâtre se développe ensuite dans le stipe. C’est une chenille de grande taille, entre 55 et 70 mm de long, et un palmier peut en contenir plusieurs. Elle dévore la cellulose qui unit les fibres. Le froid hivernal dans les régions infestées semble trop faible pour entraîner la mort des chenilles tous les hivers. La chenille dévore l’intérieur du stipe. A la fin de son évolution, elle se dirige à l’aisselle d’une palme, où elle forme un cocon et se transforme en chrysalide. Un gros papillon de 100 mm d’envergure s’en échappera pour aller pondre sur d’autres palmiers. Il a une durée de vie de 1 à 3 ans.

Dans le Var, des observations ont montré que la période des vols s’étalait entre début juin et fin août, avec un pic en juillet. Une femelle peut pondre entre 110 et 130 oeufs. La totalité du cycle s’étale sur 11 mois. Ses ailes antérieures sont vert olive, ses ailes postérieures sont vivement colorées de taches blanches et noires sur fond rouge orangé. Le papillon vole à environ 1,5 m au dessus des palmiers.

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Paysandisia archon vu de dessous.
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Les symptômes : on peut détecter des trous à la base des rachis, la présence de sciure sur le stipe, des perforations des palmes, la présence de cocons. Certains palmiers attaqués réagissent en formant des rejets inhabituels. Les palmes jaunissent, dessèchent, une attaque grave entraîne la mort du palmier.

Les moyens de lutte : c’est là tout le problème, au niveau notamment des espaces verts, sur des palmiers de grande taille, pour lesquels on est bien souvent plutôt impuissant. Dans les pépinières de production, différentes méthodes existent : piégeage sexuel, lutte biologique, lutte chimique. Toutefois cette dernière est assez difficile une fois que la chenille est implantée au coeur du palmier. On peut aussi envisager de faire des traitements insecticides systématiques pendant la période de ponte, ce qui semble efficace mais très contraignant.

Il est utile de contacter le Service de la protection des végétaux pour signaler tout nouveau foyer détecté, et demander des conseils avant d’agir. Ce papillon est une réelle menace pour tous les palmiers.

- PSEUDARENIPSES INSULARE : c’est une pyrale récemment découverte sur les Iles Canaries et dans le sud de l’Espagne. En 2002, il semble que des foyers aient été détectés dans le Var et les Alpes Maritimes.

Cycle biologique : on pense pour l’instant que seul Phoenix canariensis soit touché. Mais il semble que cette pyrale soit un parasite secondaire, c’est-à-dire affectant des palmiers déjà affaiblis par d’autres ravageurs ou maladies. Les chenilles brunâtres mangent les inflorescences, les tissus tendres des palmes, et pénètrent à la base des rachis ou des inflorescences. La larve atteint 25 mm de long, puis forme un cocon. On a observé jusqu’à 120 chenilles dans le même cocon. Les papillons beiges, d’une trentaine de mm d’envergure, apparaissent en été, avec des ailes antérieures très étroites.

Les symptômes : destruction des inflorescences, trous à la base du rachis, morsures superficielles, pourriture sèche.

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Dégât sur Phoenix canariensis de Pseudarenipses insulare.
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Larve de Pseudarenipses insulare.
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- RHYNCHOPHORUS FERRUGINEUS : c’est un charançon de 2 à 2,5 cm de long, rougeâtre avec des rayures noires sur les élytres. Les pièces buccales se trouvent au bout d’une trompe appelée rostre. La larve blanche à tête brune fait tout son cycle dans la palme. On a signalé ce ravageur sur le palmier à huile, puis sur le dattier, il est originaire des zones tropicales d’Asie du sud-est et de Polynésie. A partir de 1995, on signale des dégâts dans le sud de l’Espagne.

A raison de 3 ou 4 cycles annuels, on estime que la population de cet insecte est multipliée par 10 à 50 tous les 4 mois, ce qui explique sa vitesse de propagation actuelle.

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Rhynchophorus : cocon.
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Rhynchophorus : larve.
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Rhynchophorus : adulte.
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Attention : Rhynchophorus ferrugineus est désormais un organisme de quarantaine pour l’Europe
La lutte contre le charançon rouge du palmier a fait l’objet d’une décision de la Commission européenne relative à des mesures d’urgence destinées à éviter l’introduction et la propagation dans la Communauté du Rhynchophorus ferrugineus (Décision du 25 mai 2007 parue au JOUE du 31 mai 2007). Cette décision est d’application immédiate sans avoir besoin d’être transcrite en droit national. Elle précise que les mesures adéquates visant à éradiquer le ravageur doivent être prises officiellement dans tous les états membres.
Conformément à l’arrêté du 21 juillet 2010, la déclaration de foyers de Rhynchophorus ferrugineus est obligatoire soit au maire de la commune de sa résidence, soit au service régional de l’alimentation.

Etat des lieux de la zone potentiellement contaminée (10 km autour des foyers identifiés) au 01/01/2008 (on entend par foyer soit un arbre contaminé identifié, soit un insecte adulte piégé)

Var : la totalité du littoral Varois est considérée comme potentiellement contaminée. Les communes concernées sont : Saint Cyr, La Cadière, Bandol, Le Castellet, Le Beausset, Evenos, Sanary, Ollioules, Six Fours, La Seyne, Saint Mandrier, Le Revest, Toulon, La Valette, La Farlède, Sollies Pont, Sollies Ville, La Garde, La Crau, Le Pradet, Carqueiranne, Hyères, La Londe, Bormes, Le Lavandou, Le Rayol, La Môle, Cavalaire, La Croix Valmer, Ramatuelle, Saint Tropez, Gassin, Cogolin, Grimaud, La Garde Freinet, Plan de la Tour, Sainte Maxime, Roquebrune sur argens, Fréjus, Saint Raphaël.

Bouches du Rhône : Allauch, Aubagne, Cassis, Ceyreste, La Ciotat, La Penne sur Huveaune, Marseille, Plan de Cuques, Roquefort la Bédoule.

Alpes Maritimes : aucun foyer identifié, zone potentiellement saine. Le risque de contamination est important et la vigilance est de mise.

Les symptômes

Les larves affaiblissent les palmes et les coupent. S’en suit un déplacement de l’axe de développement des palmes, la tête s’incline, et les palmes présentent des déformations. On peut faire une inspection plus précise en coupant les palmes sur un côté et détecter alors des trous à la base des palmes, la présence de fibres mâchées dans le feuillage, des feuilles découpées et mal formées.

Gestion des foyers

La lutte contre le charançon rouge est obligatoire dans les 15 jours qui suivent la confirmation officielle de sa présence. Aujourd’hui, l’abattage systématique n’est plus la seule méthode préconisée.
Si le palmier peut être sauvé, on peut faire un curage des parties malades et appliquer un traitement autorisé. Cette méthode assez spectaculaire a fait ses preuves : le palmier se retrouve souvent sans palme, mais on conserve bien sûr le bourgeon terminal, et au bout d’un an, le palmier retrouve son allure normale. Toutes les palmes atteintes sont détruites sur place.
Si le bourgeon terminal est atteint, seul la destruction du palmier reste la seule méthode pour supprimer le foyer.
Le contrôle visuel mensuel, par une personne agréée par le Service de la protection des végétaux, est obligatoire dans une zone de 200 m autour du foyer déclaré.
Des pièges à phéromones peuvent être installés, à raison de 4 par hectare, ou des pièges à kairomones qui agissent à plus courte distance. Ces pièges permettent la capture des adultes et de garantir le diagnostic en cas de doute sur la nature du ravageur.
Les palmiers situés à moins de 100 m doivent faire l’objet d’un traitement préventif : soit chimique, soit biologique à base de nématodes.
Toute taille de parties fraîches d’un palmier, qui attire le charançon, doit être suivie d’un traitement insecticide préventif.

Je suis propriétaire d’un palmier, que dois je faire ?
. Eviter de tailler mes palmiers car les plaies fraîches attirent l’adulte, surtout s’ils sont situés en zone potentiellement contaminée ou se limiter à la seule taille des palmes sèches.
. Surveiller attentivement mes palmiers et déclarer tout symptôme douteux.

Protection chimique et risque environnemental

Les professionnels pépiniéristes, revendeurs de végétaux, entreprises d’application professionnelle (ayant un agrément DAPA), services espaces verts des municipalités... peuvent employer les produits ayant les matières actives autorisées pour lutter contre les insectes sur palmiers. Pour éviter l’apparition de phénomènes de résistance, en cas de traitement par pulvérisation des parties aériennes, il est recommandé d’utiliser les différentes substances actives en alternance.

Les particuliers doivent utiliser les produits qui bénéficient de la mention "Emploi autorisé dans les jardins" et homologués pour l’usage traitement des parties aériennes des arbres et arbustes d’ornement pour lutter contre divers ravageurs. Comme pour tous les produits phytosanitaires, les utilisateurs sont tenus de respecter les conditions d’emploi réglementaires liées aux autorisations de ces insecticides. Il est indispensable de lire attentivement l’étiquette avant toute utilisation de produit phytosanitaire, notamment pour s’informer des restrictions d’emplois destinées à la protection des abeilles et des autres insectes pollinisateurs.

- CHAMPIGNONS : une maladie fréquente est une affection cryptogamique, provoquée par un groupe de champignons phytopathogènes, qui attaquent des plants affaiblis.

Les symptômes : l’affection survient au coeur du palmier, souvent en sortie d’hiver, après un gel ou une période froide et humide.La plus jeune feuille sèche et meurt.

Les moyens de lutte : il faut traiter préventivement avec un fongicide puissant, type bouillie bordelaise ou d’autres produits homologués, en plusieurs applications espacées d’une à deux semaines.

- POURRITURE DU BOURGEON : causée par Chalara ou Thielaviopsis, cette maladie provoque la pourriture du méristème. Les nouvelles feuilles sont déformées et comme déchiquetées. L’absence de traitement peut aller jusqu’à la mort du palmier. L’infection se fait souvent par le biais d’une plaie ou d’une blessure. Il faut enlever les parties malades et traiter avec un fongicide. Si l’attaque est trop grave, la seule solution est de brûler le palmier.

- FUSARIOSE : maladie cryptogamique causée par Fusarium oxysporum.

Les symptômes : les feuilles meurent de façon inhabituelle : toutes celles d’un même côté par exemple, ce qui donne une allure dissymétrique au palmier. Sur une même feuille, seules les folioles d’un côté peuvent mourir. On peut constater souvent la présence d’une rayure brun foncé à la base du rachis. En cas d’attaque grave, toute la couronne est atteinte et le palmier meurt. Cette maladie est souvent associée à la "pourriture rose", qui attaque un palmier déjà affaibli par un parasite primaire.

Les moyens de lutte : la fusariose se traite très difficilement. Elle se transmet par le sol ou par l’eau, et par l’intermédiaire des outils de coupe, qui doivent être désinfectés entre 2 palmiers. Les mesures préventives sont donc fortement conseillées.

- PHYTOPHTORA : le plus courant est Phytophtora palmivora, mais d’autres champignons peuvent attaquer les palmiers. Les feuilles sèchent très rapidement et les nouvelles se cassent facilement. Le bourgeon terminal meurt, et donc le palmier aussi. Il faut brûler tous les palmiers atteints. Un arrosage trop abondant peut favoriser le développement de ce redoutable parasite.

- ACARIENS : les araignées rouges peuvent provoquer des dégâts importants, mais plutôt sur les palmiers cultivés en intérieur. Les feuilles deviennent vert clair, comme décolorées. On constate de fines "toiles d’araignées" sur la face inférieure des palmes. Le palmier, sans mourir en général, est fortement affaibli. On traite facilement avec un acaricide.

EN SAVOIR PLUS :
- Lire notre article : généralités sur les palmiers

- Service Régional de la Protection des Végétaux de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
32, chemin Saint Lazare - 83400 HYERES -
Tél : 04.94.01.42.05
Fax : 04.94.01.42.06
Courriel : srpv-hyeres.draf-paca@agriculture.gouv.fr

- Association nationale de la protection des plantes
www.anpp.asso.fr. Recherche, développement, enseignement et formation sur la protection des plantes contre leurs ennemis : insectes et maladies. Tels sont les objectifs de cette association qui regroupe enseignants, chercheurs, organismes techniques, industriels et distributeurs. Possibilité de recherche d’informations techniques et réglementaires.
- Base de données de l’INRA
www.inra.fr/Internet/Produit.... Base de données HYP3 proposant plus de 220 fiches sur les agents pathogènes des plantes et plus de 560 photos.
- Association Fous de Palmiers
www.fousdepalmiers.fr. Pour tout savoir sur cette fabuleuse famille de plantes.
- Palmiers du monde
http://perso.wanadoo.fr/palmarium. Botanique, photos, sites.
- France Palmier
www.france-palmier.com. Nombreux conseils sur les palmiers parmi les plus résistants.


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